Prophétie : Ajouté le 12/3/2007 à 20:06
Prophétie
Arken
Etre déchiré
Ton corps enchainé à la Terre
Quand ton âme appartient au Ciel
Ton chemin sera jonché de cadavres
Et tes plumes souillées par le sang.
Tu luttera pour apprendre à tes frères
La route vers l'Envol.
Malmené par la tempête,
Au travers de la nuit et des nuées obscures
Vole entre les éclats pour trouver ton salut
Dans la réunion d'Akena et d'Orem.
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J'ai pas l'impression que ça intéresse grand monde mais bon je vais la mettre jusqu'au bout cette nouvelle... En fait la plupart des habitués du blog l'ont déja lue ce qui explique ce désintérêt... Bon alors niveau dessin et BD, je ne sais plus si j'ai écrit déja que tout était chamboulé, mais pas encore reconstruit, pas le temps... J'essaye de suivre niveau travail scolaire et j'ai un peu de mal, mais ça va s'arranger. Un peu de fatigue dans l'air. Ensuite je privilégie l'Oeil d'Hermès pour le moment, j'ai pas mal de travail à faire de ce côté là . Mais quel plaisir que ce genre de boulot! Nouveaux dessins faits durant les cours, nouvelles idées... Le principal changement concernant le vent soupir est que je renonce à mes deux parties pour un récit plus éclaté, des histoires diverses qui se recoupent... Ô combien plus intéressant, et ô combien plus difficile à mettre en place... J'hésite à renoncer à la narration à la première personne pour plus de fluidité, le problème c'est que d'un côté j'ai envie d'une lecture dynamique, mais aussi d'espace pour pouvoir étaler des réflexions philosophiques... Enfin il est possible de mettre des réflexions philosophiques tout en restant concis, ça donne souvent plus de force à l'ensemble. Mais une fois de plus, c'est tellement plus difficile à réaliser! Je crois qu'à ce moment il faut tout d'abord réféchir au fond, qu'est ce que je veux faire passer, puis seulement mettre en place l'intrigue et son déroulement. Bon dans les changements précis, il y aura un personnage de moins (il y en a déja assez comme ça!) qui du coup sera mort (et oui le pauvre tout ça pour des "raisons scénaristiques"!). Bon ça va pas me rendre l'histoire plus heureuse tout ça... Mais il peut être montrer une évolution différente que celle du héros suite à la perte d'un être cher... (Quelqu'un d'autre que moi comprend-il de quoi je parle?) En fait le personnage en question est le grand amour d'un autre (vraiment, pas une amourette d'adolescents), et il conserve une influence forte sur le caractère d'une héroine (mais qui? Cherchez bien, y a pas tant de filles pour le moment...). Bref Sion a lui aussi perdu son amour, et il ne s'en remet pas très bien... Elle a un rôle majeur dans l'histoire, son absence et sa présence ... Autrement pendant les vacances j'avais imaginé des séquences de l'histoires qui restaient très floue, mais je vais peut-être devoir les remodifier... Le personnage d'Inumin s'est bien étoffé, Petrus également, de même pour Ezékiel (qui a de toute façon toujours été très complexe, c'est le premier de cette histoire que j'ai créé)... Restent Seyem et Hakim, deux personnages majeurs qui devaient initialement faire partie de la deuxième partie et que auquels j'ai moins réfléchi... Des personnages au départ secondaires vont prendre un rôle important pour diversifier cette population, il s'agit de Jema et Ume, deux personnages plus agés que la moyenne des autres. Du coup j'en sais moins sûr leur compte. Pour Ume ça va être dur de ne pas s'inspirer du fou (ce qui connaissent Robin Hobb comprendront la fonction de ce personnage) mais comme elle a des spécifités liées à mon histoire elle devrait s'en détacher. Jema est un peu plus abouti... Bon ça doit être assez ennuyeux d'entendre parler de personnages dont vous ignorez tout, mais je vous promets qu'ils seront présentés par la suite et qu'ils seront attachants (du moins c'est ce que je ressens pour eux, si je parviens à vous le transmettre je serai comblée). Le fond du scénario a lui bien évolué, pour devenir plus sombre (disons des découvertes et des surprises au fur et à mesure... dans le négatif...)
Assez parlé voici la suite de ma nouvelle, on approche de la conclusion et les fils se nouent... Si vous lisez écrivez ce que vous en pensez, ça m'aidera pour ma BD aussi! A la limite si vous vous souvenez de cette partie, donnez votre avis sans relire...:
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Affrontement
Elle se trouvait terriblement stupide. Il l’avait quittée, et pour la première fois elle avait l’esprit clair. Le lien n’était pas rompu, il se faisait tout petit dans sa tête. Mais il n’était plus à ses côtés, le regard avait disparu. Et elle se sentait seule.
Elle avait besoin de respirer l’air vif et de faire le point. Pas question de rentrer maintenant pour dormir. Elle reprit sa marche tranquille, plongée dans ses pensées. Elle avait tellement souhaité être libérée de sa présence, et à présent, il lui manquait ? Le coin de sa tête qu’elle partageait d’ordinaire avec lui semblait vide et froid. Elle s’était trompée sur son compte. Dans son cœur, il y avait un monstre, mais son âme était celle d’un humain. Comment, alors qu’elle partageait sa conscience, avait-elle pu l’ignorer si longtemps ? Et elle s’était également méprise sur ses propres sentiments. Cet enfant… l’attirait ? Pourquoi, sinon, le vent lui aurait-il paru glacial, la nuit plus sombre, à présent qu’il n’était plus là ? Elle s’était mentie en se persuadant que ce qu’elle ressentait n’était qu’illusion. Elle avait repoussé ses rêves jusqu’à ce que ceux-ci la rattrapent. A présent, elle ne pouvait plus nier qu’ils faisaient partie d’elle.
Elle décida d’affronter ses peurs : elle devait découvrir la source des rêves. Instinctivement, elle sut comment s’y prendre. Elle ferma les yeux et imagina un point noir qui s’agrandit jusqu’à ce qu’elle passe à travers. Elle pénétra à l’intérieur d’elle-même. Au plus profond des ténèbres, embrassant son âme comme un cocon de ver à soie, deux fils d’argent s’entremêlaient et s’échappaient de la prison accueillante de son esprit. Elle en prit un entre ses doigts. Il palpitait légèrement et diffusait une vive chaleur, comme lorsqu’on tend ses mains vers un foyer. Elle le reconnut, partagea ses émotions un court instant, puis le lâcha. C’était Ludwig. Elle se demanda à peine comment elle connaissait son nom. Quand on ne fait plus qu’un avec quelqu’un, comment ignorer son nom ?
Elle contempla un moment le deuxième fil. Elle se souvint de rêves plus rares, confus, obscurs aussi, qui remontaient à la surface de sa mémoire. La proximité de Ludwig avait dû saturer ses sens et lui cacher la faible présence de cet autre lien. Elle approcha une main hésitante. Autant l’âme de Ludwig lui donnait envie de la caresser, autant celle-ci la repoussait instinctivement. Elle était glacée, sombre comme une eau dont on ne voit pas le fond, d’apparence calme mais prête à vous happer. Elle finit par la pincer légèrement comme une corde de harpe. Le fil vibra et émit une note unique, pure, qui fit naître des larmes dans ses yeux clos sans qu’elle sache vraiment ce qui la rendait triste. Par le frisson qui la traversa elle connut, en l’espace d’un instant, l’âme de ce vampire. Peut-être parce qu’en réalité, elle le connaissait déjà sans le savoir… Puis le son s’éteignit, avec lui l’harmonie de ce moment, et elle réalisa avec horreur ce qu’elle avait découvert.
Il voulait la tuer. Il ne subsistait aucun doute à ce sujet. Son envie de meurtre était si grande qu’elle sentit ses cheveux se hérisser. Pas uniquement la faim obsédante d’un animal, non. La volonté consciente de commettre un meurtre. Le plaisir malsain que seul un être humain peut tirer de la souffrance des autres. Et pire que tout, il était tout proche. La chasse avait commencé. Comment ce faisait-il qu’elle n’ait pas senti sa présence, comme celle de Ludwig ? Elle n’était pas une simple proie ! Mais elle n’avait rien, rien pour se défendre. Elle ne pouvait rien faire.
Elle sortit de son esprit. Elle avait continué à marcher, guidée par son inconscient, et elle se retrouvait à longer le fleuve, sur les quais. Elle n’aurait pas pu choisir plus désert et sordide… Les péniches s’amarraient toutes sur l’autre rive, et celle-ci n’était occupée que par des entrepôts trapus et des terrains vagues. Il n’y avait même pas de lampadaires… Seule la faible lueur de la lune qui transperçait par moments la lourde couverture des nuages irradiait la scène, accentuant les ombres sans vraiment dévoiler ce qu’elle éclairait. Le silence n’était rompu que par le bruit du vent et le clapotis de l’eau.
Il l’approcha sans se cacher, coupant la route qu’elle empruntait. Se retourner et courir jusqu’à être à bout de souffle ? Inutile, elle le savait. Elle demeura pétrifiée.
« Belle soirée, n’est-ce pas, jolie rêveuse ? lui lança le vampire.
Il paraissait sorti d’un conte nordique, sa chevelure blanche flottait autour de lui comme une voile de bateau. Elle n’avait jamais vu un homme avec des cheveux aussi longs, ils descendaient en dessous de sa taille. Elle se secoua. C’était bien le moment d’admirer une coiffure ! Il fallait gagner du temps.
-Qui es-tu ? demanda-elle d’une voix chevrotante, qu’elle se maudit de ne pas avoir mieux contrôlée. Elle connaissait déjà la réponse, mais rien de mieux ne lui était venu.
-Qui je suis ? reprit-il avec un ricanement. Qu’est-ce que ça peut te faire ? Je vais te tuer, tu sais ? Je vais t’égorger, et tu pousseras un cri qui, crois-en mon expérience, n’a rien à voir avec les piaillements que tu penses être des hurlements… Avec un tel programme, tu penses vraiment que c’est le moment de te soucier de mon identité ?
Il y avait une curiosité écoeurante dans le regard qu’il portait sur elle, comme s’il faisait une expérience et observait les réactions de son cobaye. Si il pensait l’impressionner avec ses menaces… Tout ce qu’il décrivait, elle l’avait déjà vu dans sa tête, et ça lui avait fait bien plus d’effet ! C’était le signe qu’il sous-estimait grandement le lien qui les unissait et ce qu’elle avait lu en lui…
-Si tu me fais tout ça, autant que je sache qui me l’inflige… répliqua-t-elle d’un air détachée.
Un éclair d’intérêt traversa les yeux pâles du vampire. Il s’amusait de sa vaine résistance. Il leva sa tête vers le ciel obscur où les étoiles invisibles se cachaient derrière les nuages, avant de diriger son regard vers elle. Son sourire s’élargit, puis il déclara d’une voix égale :
-Je nÂ’ai pas de nom.
-C’est faux ! s’écria Tyane. Elle ne comprenait pas pourquoi il se donnait la peine de lui mentir. Qu’est-ce que ça changeait qu’elle sache ou non son prénom ?
-Tu tÂ’appelles Hayden.
L’espace d’un instant, sa physionomie changea. Elle distingua dans ses yeux de la peur, et une sorte de douleur vive et soudaine, comme si ses paroles l’avaient frappé. Puis il redevint maître de lui-même et se composa un masque qui la fit frémir : il avait décidé d’en finir, c’était écrit sur son visage. Puis tout d’un coup, elle ne le vit plus : le quai était désert! Etait-ce possible qu’il soit partit comme Ludwig?
Elle sentit son souffle sur son cou, et son murmure :
-Et bien, miss Je-sais-tout ? Tu fais moins la fière, hein !
Il se tenait juste derrière elle ! Elle eut l’impression que son cœur tombait dans sa poitrine. Elle était à sa merci. Elle allait mourir. Ce moment d’incertitude lui semblait s’étirer et elle priait pour quelques secondes de plus, quelques secondes de vie. Chaque détail lui apparaissait distinctement, comme si ses sens s’étaient décuplés, et une partie d’elle-même observa très calmement que les premiers flocons de neige passaient devant ses yeux. Elle ne voulait pas finir comme ça ! Finalement, la vie était belle et elle n’y renoncerait pas si facilement. Ca valait le coup de lutter pour survivre, comme un animal. Elle se laissa tomber au sol, sentit les crocs lui effleurer la peau. Elle s’écarta d’une roulade pour s’éloigner du vampire, qui, à présent, avait cessé de jouer et montrait sa vraie nature de prédateur. Son beau visage déformé par l’Appel s’ouvrait sur une bouche béante où luisaient ses dents taillées en pointe, et de la salive écumait sur son menton. Elle n’avait pas le temps de se redresser ! Elle recula sur ses coudes devant cette vision d’horreur. Le vide derrière elle, courte chute, choc spongieux. Elle avait glissé dans un fossé où croupissait une eau douteuse. Le monstre se dressait à l’emplacement où elle s’était trouvée l’instant d’avant et, déstabilisé, il tournait sa tête de tous côtés pour tenter de la repérer. Elle essaya de s’éloigner discrètement en rampant, mais il l’entendit immédiatement. Il se jeta sur elle. Sa gueule se referma sur la chair fragile et l’arracha.
Elle sentit le poids d’un corps qui la couvrait, et la chaleur du sang qui imbibait ses vêtements. Elle ouvrit ses yeux pour se rendre compte qu’elle avait le nez dans la boue où elle était couchée. Péniblement, elle se retourna, pour faire face à une scène étrange. Ludwig s’interposait entre elle et Hayden. Son bras droit pendait à son côté, et… Il en manquait un morceau… Comme si… Comme si on l’avait arraché… Elle parvint à grand-peine à se retenir de vomir. Le sang ruisselait le long de sa main. Dans l’autre, Ludwig serrait un couteau poisseux. Hayden se tenait le côté, une tache pourpre grandissait sur sa veste orangée. Le liquide sombre s’écoulait de sa bouche, et elle se demanda si c’était le sien ou celui de Ludwig.
Ludwig tourna son visage contusionné vers elle. Sa peau couverte de sueur portait de grandes marques violacées et verdâtres, les parties épargnées étaient d’une pâleur mortelle. Sa grimace dévoilait ses dents pointues tandis qu’il haletait bruyamment.
« Je ne peux pas te protéger plus longtemps, souffla-t-il d’une voix faible et hachée. Mon pouvoir est bien moindre que le sien. Ecoute-moi bien : tu dois prendre sa vie.
-Comment serai-ce possible? l’interrogea-t-elle, paniquée. Je ne sais pas manier une arme, je n’ai jamais tué personne !
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Nuit d'hiver partie 3: l'Appel : Ajouté le 22/12/2006 à 21:41
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LÂ’Appel
Les stalactites étincelaient, traversées par le rayonnement agressif des lampadaires et des enseignes. Sur les toits, la neige était encore blanche. La grande avenue fourmillait de passants affairés. Ils pataugeaient dans la neige fondue qui sous le piétinement des hommes échangeait sa pureté naturelle contre une teinte grisâtre. Mais aucun ne s’en apercevait, non, ils étaient bien trop occupés pour percevoir la beauté de ce qu’ils détruisaient.
Ils passaient à côté de Ludwig sans le voir lui non plus. Qui aurait eu l’idée de diriger son regard sur cette forme misérable, ce tas de chiffons affalé dans l’ombre ? Quand par hasard un œil captait ce triste spectacle, il se dépêchait de s’en détourner avant que la culpabilité ne naisse dans le cerveau qui lui était associé. Les hommes ignorent la beauté et fuient la laideur. Quoi de plus laid qu’un enfant dans la rue, tremblant de froid une nuit d’hiver ?
Mais Ludwig, lui, les regardait. Il ne tremblait pas de froid. C’est l’excitation qui faisait vibrer son corps. Dans ses yeux agrandis par l’Appel couvait un feu menaçant. La lutte était perdue d’avance, il avait cédé à la bête. A sa respiration haletante, on aurait pu le croire dominé par le désir.
Un homme le frôla sans le remarquer, sa chaussure bien cirée glissa sur le verglas qui commençait à se reformer à partir de la neige fondue dans la journée. Quelques gouttes d’eau jaillirent du choc et vinrent scintiller sur la peau blanche de Ludwig. Ses cils battirent l’air pour chasser l’eau qui perlait à ses yeux.
Il ne pouvait plus rien y faire… Ses muscles se tendirent d’eux même, il se recroquevilla comme un animal prêt à bondir. Celui-ci. Il ne pouvait plus se retenir. Son souffle devint saccadé. L’envie et le manque faisaient luire ses pupilles rouges. Trop de gens. Trop de lumière. Doucement, très doucement, il se redressa sur ses pieds. Il fit un pas, deux.
Puis, alors qu’il s’avançait dans la zone éclairée par les néons, il disparut. Ou plutôt, les gens ne le regardèrent plus. Son apparence n’était pourtant pas commune, et il aurait du attirer des coups d’oeil, même involontaires. Mais non, comme si un morceau de nuit l’accompagnait, on ne devinait qu’une ombre qu’on s’empressait d’oublier aussitôt.
Il progressait avec une grâce de félin guettant sa proie, sans jamais quitter des yeux l’homme pris en chasse. Il y avait un absurde presque comique à voir ce garçon marchant avec art, dans la lenteur étudiée d’une danse nippone, au milieu de cette foule pressée et insouciante. Ne pas toucher les gens. Eviter tout contact qui puisse briser le charme.
Enfin, l’homme quitta l’avenue principale pour s’engager dans une ruelle latérale. La silhouette sombre le suivit. Dans l’obscurité ambiante, il s’immobilisa et, éteignant un instant la lueur malsaine de son iris, se redressa, tendit son cou maigre et prit une longue inspiration fiévreuse. Son domaine. Lorsqu’il les rouvrit, ses yeux chatoyaient. La crainte de la lumière disparue, il se sentait tout puissant. L’homme continuait à marcher sans se douter de rien. Il n’atteindrait jamais la clarté du lampadaire suivant.
L’Appel emplissait son corps de haine et vidait son esprit des suppliques et des réticences, le rongeait, progressivement, grandissait, croissait toujours, jusqu’au point intenable où l’humain, vaincu par la souffrance, s’inclinait, remplacé par la bête. Et la créature qui oscillait en silence d’avant en arrière, déjà certaine de sa victoire, tenait plus de la bête que de l’homme. Sa bouche entrouverte semblait goûter l’air, et se tordait en un rictus qui découvrait des dents petites et acérées. Déchiqueter. Les yeux rouges s’agrandirent, semblant remplir son visage. Briser. Broyer. La tête se tendit vers l’avant, un frisson traversa le corps en alerte. Odeur de peur. Un spasme l’agita, il se hérissa, les cheveux s’échappèrent soudain du bonnet qui glissa au sol. Goût du sang. Les mèches blanches auréolaient sa figure avide comme une crinière de lune. Immobilité soudaine. Le mouvement final de cette danse de mort allait commencer.
Petite note: je vais bientôt vous mettre des extraits de mon carnet de bord du voyage que j'ai fait avec l'assoc la Baleine Blanche en 2004-2005, et puis de nouveaux dessins techniques ou de vacances.
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Nuit d'hiver partie 2: Rêves : Ajouté le 20/12/2006 à 14:15
Bonne nouvelle! Ma nouvelle est enfin finie! Heureusement vu que je dois la rendre demain... pour féter ça voici la deuxième partie, assez longue comparée à la 1ère... Mais lisez plutôt:
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Rêves
Un jardin désordonné au début de l’été. L’herbe humide de rosée, agitée par une légère brise, ondoie en souples courants verts. Un bourdonnement intense se dégage d’une tonnelle parée de glycine pourpre. Une fillette blonde, étendue sur le tapis de trèfle, parle en regardant le ciel. Mais Tyane n’entendait pas les paroles et ne voyait que ses lèvres remuer, s’étirer dans un sourire complice, comme à la suite d’une plaisanterie. Bien qu’elle resta muette, la fillette poursuivait sa confidence silencieuse. La scène était imprégnée d’une paix et d’une nostalgie telle qu’en laissent les souvenirs d’enfance. Malgré cela, Tyane ne pouvait s’empêcher de se raidir : une fois de plus, le dédoublement de ses sentiments l’emplissait d’appréhension. Une part d’elle-même semblait jouir du bonheur de ce moment, tandis que l’autre restait étrangère aux évènements, témoin neutre et impuissante. Elle savait qu’elle rêvait. Pourquoi ces songes la troublaient-elle tant, alors qu’elle avait conscience de leur illusion ? Avec le temps, elle avait réalisé que celui qui vivait ces rêves était étranger à elle, il ne pensait pas de la même façon, ne possédait ni sa culture ni ses souvenirs. Mais qui pouvait il bien être ? En cet instant, elle lisait dans son âme mieux qu’en la sienne. Confiance et affection envers la gamine, un peu d’ennui face à son babillage, l’esprit dégagé de tout souci. Cet exercice la troublait, car il était impossible de faire la part entre son véritable ressenti et celui de l’autre. Et puis il y avait ce courant plus général de sensations, qui englobait le rêve tout entier. Une vague brûlante et ténébreuse, qui s’étendait, refluait, en baignant la conscience de Tyane de haine, de souffrance et de désespoir. Annonciatrice du cauchemar, la chose la toucha. Elle eut l’impression d’être effleurée par des filaments humides et sentit revenir la nausée qui sommeillait en elle. Le monde bascula.
Peur panique. Course effrénée. De multiples petites plaies au visage et aux mains saignent, encore piquetées par des éclats de verre, mais il ne sent pas la douleur. Elle, si. Il fuit sans diriger ses pas, animal affolé, la tête vide ou trop pleine peut-être, comme si courir pouvait le ramener en arrière. Soudain, voilà qu’il dérape sur une plaque d’égout et heurte brutalement le trottoir. Il reste affalé dans le caniveau, hébété, la respiration sifflante comme s’il manquait d’air. Ses yeux, sans voir ce qui l’entoure, s’écarquillent d’horreur mais restent secs, comme s’il portait un fardeau trop lourd pour être déchargé par les larmes.
Pourtant, les larmes coulent à flot sur son visage. Son visage… Libérée ! Le réveil ! Tyane se redressa en tremblant, essayant de retrouver son équilibre intérieur. La fusion avait été si soudaine et complète qu’elle avait oublié qui elle était. Cela arrivait quand elle partageait des émotions trop fortes, traumatisantes. Elle se leva en chancelant et se dirigea vers l’évier. Avant tout, un coup de brosse à dents pour retirer cet affreux goût de bile qui lui souillait la bouche.
Elle se fit face à travers la glace mouchetée de traces de dentifrice. Elle faisait peur à voir. Ses cheveux de jais trempés de sueur se plaquaient en mèches collantes sur son crâne. Son teint avait la fraîcheur d’un parchemin et de sombres cernes alourdissaient ses yeux bridés. Elle s’était couchée très tard pour tenter d’achever son illustration, et son sommeil agité ne l’avait guère reposée.
Elle fit rapidement son lit et mit de côté ses affaires sales. Avec le peu d’espace que lui offrait le studio, le moindre désordre rendait les lieux invivables. Elle engloutit un café et deux tartines sans en sentir le goût. Elle se brûlait immanquablement la langue, car elle considérait les repas comme des actes de survie et ne supportait pas l’idée de perdre plus de dix minutes à manger. Elle fourra rapidement ses affaires dans son sac, ferma la porte à clef et prit la direction du métro. Elle n’avait rien de mieux à faire qu’arriver en avance. Rencontrer des élèves, peut-être croiser ses amis, serait moins ennuyeux que tourner en rond au studio.
Elle n’avait pas encore l’habitude de vivre à l’étroit, bien qu’elle eut quitté le foyer familial depuis déjà deux ans. Et ces derniers temps en particulier, la petite pièce avait le don de lui porter sur les nerfs. Le stress était sans doutes responsable de l’oppression qu’elle ressentait. Elle étouffa un bâillement en montant dans le wagon. Comment devait elle s’y prendre pour dormir correctement ? Ca devait faire un mois qu’aucune nuit n’était exempte de dédoublement.
Les rêves étaient apparus, elle s’en souvenait très distinctement, la première fois qu’elle avait saigné. A l’époque, elle avait cru que c’était normal, que ça allait de pair avec la puberté. Mais personne n’avait admis ce qui lui arrivait. Pour eux, ce n’étaient que des cauchemars. Ils ne comprenaient pas que ses songes la changeaient, qu’au contact des autres consciences, elle perdait son identité, oubliait la frontière entre rêve et réalité.
Dans ces conflits intérieurs, elle avait dû lutter seule. Elle avait aperçu des spectacles d’une violence insupportable, partagé des sentiments qui n’auraient jamais du venir à une enfant : haine, désir, envie de tuer, de mourir...
Elle avait appris à se protéger du mieux qu’elle pouvait, et surtout à se remettre d’aplomb après ces déchirements. A se relever, et à se forger une personnalité forte, confiante en elle-même et décidée. Elle était sortie par elle-même de la phase de dépression où elle se terrait depuis ses premiers dédoublements : quand médicaments et psychologues ne parvenaient pas à l’aider, c’est sa volonté de vivre qui l’avait sauvée.
Elle qui était devenue la risée de sa classe, la bête noire des professeurs, qui avait perdu toute estime envers elle-même, elle avait pris un crayon et s’était mise à dessiner, pendant des heures, les choses obscures qu’elle avait dans la tête. Ce n’était pas très réaliste, ni même joli, mais cela exprimait bien les visions qui la hantaient. Et pouvoir le dire, pouvoir raconter son mal-être par des images, cela l’avait soulagée. Elle avait alors pris sa décision : aller de l’avant, découvrir le monde, même si les rêves le montraient sans espoir. Puisque la nuit elle parcourait sans le vouloir un univers de ténèbres, elle s’était fait la promesse, le jour, d’avoir une vie à elle, où elle choisirait ce qu’elle ferait et ce qu’elle serait.
Bien sûr, parfois la faiblesse la reprenait, parfois elle ne parvenait plus à sortir de son lit, de ces sombres illusions. Mais comme on ne peut pas rester pour toujours caché sous sa couette, elle se rendait à la vie et se levait.
Elle cligna des yeux et sortit brutalement de ses pensées : elle était dans le métro, debout au milieu de la foule compressée et stressée. Elle avait dépassé sa station ! Il fallait qu’elle descende rapidement ! Heureusement qu’elle était partie en avance…
Tout d’un coup, une sensation étrange, glaciale l’envahit. Le rêve… Il lui semblait que les yeux d’un prédateur redoutable étaient tournés vers elle et l’immobilisaient. Il la guettait dans son dos, mais elle n’osait se retourner et frissonnait, prise d’une appréhension subite. Le regard l’englobait, il connaissait tous ses gestes à l’avance, aucune chance de fuite, allait-il la tuer ? Mais non, il savait qu’il en avait le pouvoir, il savait qu’elle savait, et il se moquait d’elle, il la laissait trembler sur le fil de sa lame, juste pour lui faire peur, juste pour la détruire ! Le plus affreux était cette certitude qu’il n’y avait rien à faire, comme une main enserrant sa gorge et ce murmure dans sa tête : si je bouge, je suis morte… si je bouge, je suis morte… Elle s’aperçut soudain qu’elle ne respirait plus, elle hoqueta en silence, pauvre poisson s’étouffant au bout de sa ligne. L’air était là , pourtant, pourquoi n’arrivait elle plus à inspirer ? La peur… La peur est une illusion, se répéta-t-elle comme une prière pour tenter de se calmer. Je vais mourir ! reprit la voix dans sa tête. La peur affaiblit le corps et obscurcit l’esprit. Je ne connais pas la peur, et je ne vais pas mourir. Calme-toi, calme-toi… Respire profondément… Elle avala une grande goulée d’air, sa poitrine se gonfla, la panique reflua. Le souffle de vie retraversait son corps. Ne te laisse plus dominer par cette terreur, s’ordonna-t-elle, réfléchis, vite, analyse la situation…
Jusqu’à présent, elle parvenait à bien séparer ses émotions de la nuit et celles de sa vie. L’irruption des sensations habituellement causées par le rêve dans son quotidien ne pouvait signifier qu’une chose : le traumatisme de cette nuit avait dû la troubler, elle avait perdu un instant la conscience de son individualité et les souffrances du cauchemar s’étaient imprimées en elle. Mais le regard… Jamais encore elle n’avait sentit cette présence dans la réalité. Car c’était bien une présence, la perception d’un être intelligent… Oui, c’était sûrement cela ! C’était lui, le maître des rêves ! L’autre, dont elle partageait les émotions, n’était qu’une victime, il n’était conscient ni de sa présence ni de son propre manque de substance. Il n’était qu’un fantôme issu du passé, un courant d’air.
Non, le vrai manipulateur, c’était celui qui l’observait toujours, et qu’elle ne voyait jamais ! Et il était là … La, juste derrière elle ! Elle trouva dans cette certitude la force de briser l’enchantement qui la maintenait immobilisée et se retourna brusquement, scrutant les personnes serrées les unes contre les autres. Mais bien qu’elle dévisagea tous ces gens, dont certains froncèrent les sourcils en s’apercevant de son manège impoli, elle ne vit personne, non, personne qui puisse être le maître des rêves.
Elle était sûre que si elle croisait son regard, elle le reconnaîtrait immanquablement. Mais il semblait s’être envolé, d’ailleurs, même la sensation d’oppression s’était dissipée. Elle détourna les yeux, gênée, en remarquant que tout le wagon la fixait d’un air réprobateur. Ses mains tremblaient légèrement, elle les enfonça dans ses poches. Qu’est-ce qui lui avait prit d’interpréter cette situation de façon aussi fantaisiste ? Elle allait mal, voilà tout, pour une raison qu’elle n’avait pas encore isolée, et ses rêves n’étaient rien de plus qu’une création de son inconscient pour extérioriser et ainsi réguler ses angoisses. Si elle commençait à partir dans des élucubrations fantaisistes, elle allait retomber dans sa dépression… Soudain, elle releva la tête.
« Oh non ! J’ai oublié de descendre ! »
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En fait de libellules, ce sont des fragments d'histoires, des extraits de scénario et quelques dessins qui tenteront de s'assembler pour devenir bandes dessinées...
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