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Nuit d'hiver partie 2: Rêves

  : Ajouté le 20/12/2006 à 02:15 PM

Bonne nouvelle! Ma nouvelle est enfin finie! Heureusement vu que je dois la rendre demain... pour féter ça voici la deuxième partie, assez longue comparée à la 1ère... Mais lisez plutôt:

 

♣♣

                                           Rêves

Un jardin désordonné au début de l’été. L’herbe humide de rosée, agitée par une légère brise, ondoie en souples courants verts. Un bourdonnement intense se dégage d’une tonnelle parée de glycine pourpre. Une fillette blonde, étendue sur le tapis de trèfle, parle en regardant le ciel. Mais Tyane n’entendait pas les  paroles et ne voyait que ses lèvres remuer, s’étirer dans un sourire  complice, comme à la suite d’une plaisanterie. Bien qu’elle resta muette, la fillette poursuivait sa confidence silencieuse. La scène était imprégnée d’une paix et d’une nostalgie telle qu’en laissent les souvenirs d’enfance. Malgré cela, Tyane ne pouvait s’empêcher de se raidir : une fois de plus, le dédoublement de ses sentiments l’emplissait d’appréhension. Une part d’elle-même semblait jouir du bonheur de ce moment, tandis que l’autre restait étrangère aux évènements, témoin neutre et impuissante.  Elle savait qu’elle rêvait. Pourquoi ces songes la troublaient-elle tant, alors qu’elle avait conscience de leur illusion ? Avec le temps, elle avait réalisé que celui qui vivait ces rêves était étranger à elle, il ne pensait pas de la même façon, ne possédait ni sa culture ni ses souvenirs. Mais qui pouvait il bien être ? En cet instant, elle lisait dans son âme mieux qu’en la sienne. Confiance et affection envers la gamine, un peu d’ennui face à son babillage, l’esprit dégagé de tout souci. Cet exercice la troublait, car il était impossible de faire la part entre son véritable ressenti et celui de l’autre. Et puis il y avait ce courant plus général de sensations, qui englobait le rêve tout entier. Une vague brûlante et ténébreuse, qui s’étendait, refluait, en  baignant la conscience de Tyane de haine, de souffrance et de désespoir. Annonciatrice du cauchemar, la chose la toucha. Elle eut l’impression d’être effleurée par des filaments humides  et sentit revenir  la nausée qui sommeillait en elle. Le monde bascula.

Peur panique. Course effrénée. De multiples petites plaies au visage et aux mains saignent, encore piquetées par des éclats de verre, mais il ne sent pas la douleur. Elle, si. Il fuit sans diriger ses pas, animal affolé, la tête vide ou trop pleine peut-être, comme si courir pouvait le ramener en arrière. Soudain, voilà qu’il dérape sur une plaque d’égout et heurte brutalement le trottoir. Il reste affalé dans le caniveau, hébété, la respiration sifflante comme s’il manquait d’air. Ses yeux, sans voir ce qui l’entoure, s’écarquillent d’horreur mais restent secs, comme s’il portait un fardeau trop lourd pour être déchargé par les larmes.

Pourtant, les larmes coulent à flot sur son visage. Son visage… Libérée ! Le réveil ! Tyane se redressa en tremblant, essayant de retrouver son équilibre intérieur. La fusion avait été si soudaine et complète qu’elle avait oublié qui elle était. Cela arrivait quand elle partageait des émotions trop fortes, traumatisantes. Elle se leva en chancelant et se dirigea vers l’évier. Avant tout, un coup de brosse à dents pour retirer cet affreux goût de bile qui lui souillait la bouche.

Elle se fit face à travers la glace mouchetée de traces de dentifrice. Elle faisait peur à voir. Ses cheveux de jais trempés de sueur se plaquaient en mèches collantes sur son crâne. Son teint avait la fraîcheur d’un parchemin et de sombres cernes alourdissaient ses yeux bridés. Elle s’était couchée très tard pour tenter d’achever son illustration, et son sommeil agité ne l’avait guère reposée.

Elle fit rapidement son lit et mit de côté ses affaires sales. Avec le peu d’espace que lui offrait le studio, le moindre désordre rendait les lieux invivables. Elle engloutit un café et deux tartines sans en sentir le goût. Elle se brûlait immanquablement la langue, car elle considérait les repas comme des actes de survie et ne supportait pas l’idée de perdre plus de dix minutes à manger. Elle fourra rapidement ses affaires dans son sac, ferma la porte à clef et  prit la direction du métro. Elle n’avait rien de mieux à faire qu’arriver en avance. Rencontrer des élèves, peut-être croiser ses amis, serait moins ennuyeux que tourner en rond au studio.

Elle n’avait pas encore l’habitude de vivre à l’étroit, bien qu’elle eut quitté le foyer familial depuis déjà deux ans. Et ces derniers temps en particulier, la petite pièce avait le don de lui porter sur les nerfs. Le stress était sans doutes responsable de l’oppression qu’elle ressentait. Elle étouffa un bâillement en montant dans le wagon. Comment devait elle s’y prendre pour dormir correctement ? Ca devait faire un mois qu’aucune nuit n’était exempte de dédoublement.

            Les rêves étaient apparus, elle s’en souvenait très distinctement, la première fois qu’elle avait saigné. A l’époque, elle avait cru que c’était normal, que ça allait de pair avec la puberté. Mais personne n’avait admis ce qui lui arrivait. Pour eux, ce n’étaient que des cauchemars. Ils ne comprenaient pas que ses songes la changeaient, qu’au contact des autres consciences, elle perdait son identité, oubliait la frontière entre rêve et réalité.

Dans ces conflits intérieurs, elle avait dû lutter seule. Elle avait aperçu des spectacles d’une violence insupportable, partagé des sentiments qui n’auraient jamais du venir à une enfant : haine, désir, envie de tuer, de mourir...

Elle avait appris à se protéger du mieux qu’elle pouvait, et surtout à se remettre d’aplomb après ces déchirements. A se relever, et à se forger une personnalité forte, confiante en elle-même et décidée. Elle était sortie par elle-même de la phase de dépression où elle se terrait depuis ses premiers dédoublements : quand médicaments et psychologues ne parvenaient pas à l’aider, c’est sa volonté de vivre qui l’avait sauvée.

Elle qui était devenue la risée de sa classe, la bête noire des professeurs, qui avait perdu toute estime envers elle-même, elle avait pris un crayon et s’était mise à dessiner, pendant des heures, les choses obscures qu’elle avait dans la tête. Ce n’était pas très réaliste, ni même joli, mais cela exprimait bien les visions qui la hantaient. Et pouvoir le dire, pouvoir raconter son mal-être par des images, cela l’avait soulagée. Elle avait alors pris sa décision : aller de l’avant, découvrir le monde, même si les rêves le montraient sans espoir. Puisque la nuit elle parcourait sans le vouloir un univers de ténèbres, elle s’était fait la promesse, le jour, d’avoir une vie à elle, où elle choisirait ce qu’elle ferait et ce qu’elle serait.

Bien sûr, parfois la faiblesse la reprenait, parfois elle ne parvenait plus à sortir de son lit, de ces sombres illusions. Mais comme on ne peut pas rester pour toujours caché sous sa couette, elle se rendait à la vie et se levait.

Elle cligna des yeux et sortit brutalement de ses pensées : elle était dans le métro, debout au milieu de la foule compressée et stressée. Elle avait dépassé sa station ! Il fallait qu’elle descende rapidement ! Heureusement qu’elle était partie en avance…

Tout d’un coup, une sensation étrange, glaciale l’envahit. Le rêve… Il lui semblait que les yeux d’un prédateur redoutable étaient tournés vers elle et l’immobilisaient. Il la guettait dans son dos, mais elle n’osait se retourner et frissonnait, prise d’une appréhension subite. Le regard l’englobait, il connaissait  tous ses gestes à l’avance, aucune chance de fuite, allait-il la tuer ? Mais non, il savait qu’il en avait le pouvoir, il savait qu’elle savait, et il se moquait d’elle, il la laissait trembler sur le fil de sa lame, juste pour lui faire peur, juste pour la détruire ! Le plus affreux était cette certitude qu’il n’y avait rien à faire, comme une main enserrant sa gorge et ce murmure dans sa tête : si je bouge, je suis morte… si je bouge, je suis morte…  Elle s’aperçut soudain qu’elle ne respirait plus, elle hoqueta en silence, pauvre poisson s’étouffant au bout de sa ligne. L’air était là, pourtant, pourquoi n’arrivait elle plus à inspirer ? La peur… La peur est une illusion, se répéta-t-elle comme une prière pour tenter de se calmer. Je vais mourir ! reprit la voix dans sa tête. La peur affaiblit le corps et obscurcit l’esprit. Je ne connais pas la peur, et je ne vais pas mourir. Calme-toi, calme-toi… Respire profondément… Elle avala une grande goulée d’air, sa poitrine se gonfla, la panique reflua. Le souffle de vie retraversait son corps. Ne te laisse plus dominer par cette terreur, s’ordonna-t-elle, réfléchis, vite, analyse la situation…

Jusqu’à présent, elle parvenait à bien séparer ses émotions de la nuit et celles de sa vie. L’irruption des sensations habituellement causées par le rêve dans son quotidien ne pouvait signifier qu’une chose : le traumatisme de cette nuit avait dû la troubler, elle avait perdu un instant la conscience de son individualité et les souffrances du cauchemar s’étaient imprimées en elle. Mais le regard… Jamais encore elle n’avait sentit cette  présence dans la réalité. Car c’était bien une présence, la perception d’un être intelligent… Oui, c’était sûrement cela ! C’était lui, le maître des rêves ! L’autre, dont elle partageait les émotions, n’était qu’une victime, il n’était conscient ni de sa présence ni de son propre manque de substance. Il n’était qu’un fantôme issu du passé, un courant d’air.

Non, le vrai manipulateur, c’était celui qui l’observait toujours, et qu’elle ne voyait jamais ! Et il était là… La, juste derrière elle ! Elle trouva dans cette certitude la force de briser l’enchantement qui la maintenait immobilisée et se retourna brusquement, scrutant les personnes serrées les unes contre les autres. Mais bien qu’elle dévisagea tous ces gens, dont certains froncèrent les sourcils en s’apercevant de son manège impoli, elle ne vit personne, non, personne qui puisse être le maître des rêves.

Elle était sûre que si elle croisait son regard, elle le reconnaîtrait immanquablement. Mais il semblait s’être envolé, d’ailleurs, même la sensation d’oppression s’était dissipée. Elle détourna les yeux, gênée, en remarquant que tout le wagon la fixait d’un air réprobateur. Ses mains tremblaient légèrement, elle les enfonça dans ses poches. Qu’est-ce qui lui avait prit d’interpréter cette situation de façon aussi fantaisiste ? Elle allait mal, voilà tout, pour une raison qu’elle n’avait pas encore isolée, et ses rêves n’étaient rien de plus qu’une création de son inconscient pour extérioriser et ainsi réguler ses angoisses. Si elle commençait à partir dans des élucubrations fantaisistes, elle allait retomber dans sa dépression… Soudain, elle releva la tête.

« Oh non ! J’ai oublié de descendre ! »

» Catégorie dessins de créatures
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En fait de libellules, ce sont des fragments d'histoires, des extraits de scénario et quelques dessins qui tenteront de s'assembler pour devenir bandes dessinées...

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